Ananivi James Kwadjo était le cinquième enfant d’une fratrie de 18 enfants. Il naquit en 1943, à Amou-Oblo dans l’Akposso de l’union de Steven Kokou DOH cultivateur de café et cacao et Abra Félicia GBEVE femme au foyer.
Son grand-père maternel GBEVE Jacob, un des premiers presbytres de l’EEPT investis par les missionnaires Allemands à Badja, souhaitait que son petit-fils Ananivi serve Dieu en tant que catéchiste ou pasteur. Il lui donnera le prénom de James. A l’époque, pour devenir serviteur de l’Eglise, il fallait d’abord apprendre à lire et écrire l’éwé, puis le français à l’école primaire avant d’entrer au séminaire.
C’est ainsi que pour aller à l’école Ananivi James quitta la ferme de son père à Atsagbanou où vivait sa maman pour venir auprès de sa belle-mère Aurélia AGBOLI à Patatoukou où il fréquenta l’école éwé pendant deux ans. Il n’y avait ni ardoise, ni tableau, ni cahier. C’est par terre, dans la terre rouge qu’ils ont appris à écrire et lire les lettres de l’alphabet éwé. Il fera donc les classes de CP1 et CP2 à Patatoukou (1949-1951) avant d’aller continuer le CE1 à Amou-Oblo.
Ne pouvant effectuer à pied tous les jours les 5 km séparant Patatoukou d’Amou-Oblo, il a été confié à une dame célibataire du nom d’Abratcho, qui plus tard se mariera avec M. Godwin Ekpega ANIFRANI. James restera avec ce dernier et sa nouvelle famille après le divorce du couple.
Après le CE2 James s’est installé chez son oncle Ben TODZRO, qui était chauffeur à Kpalimé. Ayant eu du mal à s’adapter à cet environnement il est revenu à Patatoukou avant de partir à Lomé pour faire le CM1 à l’Ecole Evangélique de Hanoukopé.
Son oncle Emmanuel GBEVE, qui était gendarme, est venu le chercher à vélo. Arrivé sur la colline il lui a dit : ‘James Loamé ma dada’ (James voilà Lomé au loin).
A la fin de cette année scolaire, James a dû quitter Lomé pour s’installer chez un cousin à Kovié pour faire le CM2 à l’Ecole Evangélique de Mission-Tové dirigée à l’époque par Monsieur Christian ATTIGAN. La cohabitation avec le cousin ne fut pas très concluante et il ne tarda pas à se prendre complètement en charge.
Livré à lui-même il allait à l’école en semaine et les jours de marché il travaillait comme apprenti chauffeur pour Monsieur AGBLEWONOU. Ce dernier possédait un bus de transport de marchandises qui faisait le trajet Kovié-Noepé-Dzodze. James travaillait également comme meunier dans le moulin de ce même patron.
M. AGBLEWONOU avait constaté que les recettes étaient plus importantes lorsque James tenait la caisse du moulin. Il lui proposa donc un emploi à plein temps. C’est ainsi qu’après avoir passé le concours d’entrée en sixième au mois d’avril, James abandonna les études pour se consacrer au métier de meunier.
A la fin de cette année scolaire (1954-1955), lorsque les autres passaient le Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires (CEPE), le jeune James travaillait comme meunier, portefaix et apprenti chauffeur. Il rentrera chez son père à Patatoukou seulement pendant les vacances scolaires.
A cause de l’instabilité due à tous ces déménagements, et l’abandon de ses études le torchon ne tarda pas à brûler entre le père et le fils. Il faudra attendre la proclamation des résultats du concours d’entrée en sixième et l’intervention du catéchiste de Patatoukou, Goka Henri DOH, pour réconcilier le père et le fils. En effet, cette année, de tout Mission-Tové, Assomé et Kovié, James DOH a été le seul à être admis au concours d’entrée en sixième.
Il obtint une bourse et commença la sixième au Collège-Protestant de Lomé-Tokoin à la rentrée 1955-1956. Il y fera ses études de la sixième en troisième en tant qu’interne. Il passera l’examen du CEPE et l’obtiendra seulement en classe de sixième.
Ananivi James réussit brillamment le BEPC en 1959 ; il fut deuxième du Collège-Protestant de Lomé-Tokoin et onzième du Togo. Cette même année il entra au Collège Moderne de Sokodé qui dépendait de l’Académie de Bordeaux en France.
Il y obtint en 1963 le Baccalauréat Français en Sciences Expérimentales. Cette année 1963 de tout le Togo, seuls quatre candidats furent admis d’emblée au Baccalauréat de l’Académie de Bordeaux. Tous étaient élèves au Collège Moderne de Sokodé. Il s’agissait des feus DJATO, Adolphe NANAN, Alexis LOOKY et James DOH.
Ayant perdu mystérieusement la bourse française qui devait lui permettre de faire des études de médecine, il recevra finalement une bourse du gouvernement Togolais pour entreprendre des études de Biochimie en France.
Il s’envola donc pour la France en 1963 où il poursuivit ses études à Montpellier, puis Dijon. Après un DEA de Biochimie appliquée à l’Alimentation, un DEA de Biologie appliquée à la Nutrition et un Doctorat de 3ème cycle en Biochimie appliquée à la Nutrition et à l’Alimentation à l’Université de Dijon. Il revint aussitôt au Togo et intégra l’administration le 5 novembre 1970. En 1979 il retournera à Dijon pour son doctorat d’Etat ès sciences.
Il commença sa carrière à Université du Bénin (aujourd’hui Université de Lomé) comme assistant en Biochimie. Il sera inscrit sur la liste d’aptitude du CAMES aux fonctions de maître de conférences en 1985.
James Ananivi DOH a exercé avec passion son métier de professeur de Biochimie. Ses pairs le décrivent comme étant le père de la Biochimie au Togo.
Selon ses propres termes, de 1970 à 2015, il a « formé des générations de professeurs de lycées, des médecins, des agents de santé, des agents de développement rural en formation intégrée en expertise alimentaire ».
Ses domaines d’expertise sont la biochimie et la nutrition protidique avec des travaux notoires sur la nutrition de l’enfant et les marqueurs nutritionnels.
Son cheval de bataille a été la lutte contre les carences en iode et l’accompagnement des goitreux. Grande fut sa fierté lorsque le gouvernement togolais, par un arrêté du 3 mai 1996, interdisit la vente de sel non iodé sur le territoire national.
Ananivi DOH a également été le directeur de thèse de plusieurs générations de chercheurs et enseignants en biochimie et sciences de la vie en Afrique de l’Ouest.
Son parcours institutionnel fut très riche : Directeur des Etudes et Programmes, Président de la Commission Nationale de Reconnaissance et d’Homologation des Diplômes, Grades, Titres et Certificats (CNRDGTC), Directeur du Centre de Recherche Alimentaire et Nutritionnelle (CRAN) de l’Organisation de Coordination et de Coopération pour la lutte contre les Grandes Endémies (OCCGE).
Son engagement pour l’éducation et l’enseignement lui ont valu des distinctions honorifiques importantes, dont les titres d’Officier des Palmes Académiques de l’Université du Bénin et de Chevalier de l’Ordre du Mono le 27 avril 2012.
Il est également à l’initiative de la création en Juillet 1990 de la Mutuelle du personnel des Universités du Togo (MUTO), un fonds de solidarité et d’entraide à adhésion volontaire, qu’il présidera pendant dix-sept années.
En 1991 il créa l’Association Togolaise Groupe Nutrition (ATGN) pour informer et éduquer la population togolaise en matière d’alimentation et de nutrition.
James Ananivi DOH fut admis à la retraite en 2003.
Né dans un foyer chrétien, il a été baptisé à Patatoukou en 1943 par le pasteur BOTSOE. Il confirmera plus tard l’alliance de son baptême à Lomé le 20 mai 1956 auprès du pasteur ADZOMADA.
Ananivi James était très attaché à sa famille. Il était marié, père de 8 enfants dont 7 vivants et avait 7 petits-enfants. Il a aimé sa famille — ses frères et sœurs, ses cousins et cousines, et toute leur descendance — sans limite ni distinction.
Za me do-o ! Tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir ! Cette maxime était si importante pour lui qu’il l’a faite graver sur le portail de sa maison.
Une maxime gravée dans la vie
Za me do-o !

Il répétait aux siens, sans jamais se lasser, que s’il devait tout perdre, tant qu'il lui resterait la vie, la santé et la force, il pourrait tout reconstruire — quel que soit son âge.
La solidarité, il l'a enseignée en actes autant qu'en mots : partager sa bonne fortune. Il disait que lorsque Dieu permet à quelqu'un de réussir, il devient à son tour un canal de bénédictions pour les autres. Si chacun de ceux qui parviennent à grimper dans l'arbre tend la main à son frère, qui à son tour en fait de même, une chaîne vertueuse se forme et c'est toute la famille qui finit par se retrouver dans l'arbre, à partager les bons fruits.
Sa santé a commencé à décliner avec l’âge et la maladie. Il a été entouré des soins de sa famille et des nombreux médecins et infirmiers qui ont eu à le soigner dont certains étaient ses anciens élèves.
La famille DOH, sensible à la gentillesse, l’écoute et au dévouement dont le corps médical a fait preuve à l’égard du défunt, tient à lui exprimer toute sa gratitude.
Ananivi James DOH rendit son dernier souffle dans la soirée du 17 juillet 2026, trois semaines après son admission au CHU Sylvanus Olympio.
